01 Décembre 2009
Il est 23 h, soit quelques heures à peine après l’écriture de mon premier billet. Amandine et ses deux amies sont de retour à la maison. Après les salutations d’usage et un brin de discussion de courtoisie, elles sont rentrées directement dans la chambre de cette dernière.
Ça doit faire une bonne quarantaine de minutes qu’elles s’y trouvent et la chambre est silencieuse comme une tombe, chose qui, soit dit en passant, n’est pas habituel. C’est clair qu’il se trame quelque chose, possiblement le départ précipité auquel je fais référence dans la première partie. D’ailleurs, presque la moitié des produits de toilette d’Amandine ne se trouvent plus dans la salle de bain pour, j’imagine, pouvoir quitter l’endroit plus rapidement au moment opportun, mais bon…
Petit retour en arrière, histoire de continuer notre récit…
Jour 5 – Dimanche 22 Novembre
Malgré une deuxième nuit d’insomnie, stress oblige, la journée se passe relativement bien, jusqu’au moment où j’entre dans la salle de bain. Il fait un froid de canard malgré le fait que le calorifère tourne à plein régime. Je jette un coup d’œil à la fenêtre, et constate que la vitre intérieure est grande ouverte. Je suis à la fois agacé (c’est moi qui paye la facture d’électricité) et ahuri par la chose (quelle est l’utilité d’ouvrir une fenêtre alors qu’il fait –5 °C dehors?), mais bon, je la referme et je me dis que je vais en glisser un mot à Amandine.
Plus tard dans la journée je la croise et, du coup, profite de l’occasion pour lui faire part de la chose. D’un ton à peine plus convaincant que lors de l’incident de l’armoire, elle me dit qu’elle n’est pas au courant et va questionner les filles à ce sujet.
Le reste de la journée se passe sans véritables anicroches, jusqu’à l’heure du souper. Je reviens à la maison et, encore une fois, les filles sont installées dans le salon/salle à manger. Je me dirige vers ma chambre et décide d’attendre qu’elles quittent la pièce pour aller manger, car, en m’installant dans la salle à manger, elles se seraient senties chassées, car elles étaient assises autour de la table.
Le temps passe, et passe… 90 minutes plus tard, soit à 21 h précises, je me tanne et décide de me diriger vers la cuisine et me disant qu’elles vont peut–être comprendre le message. Inutile de vous dire que celui-ci a passé, car, veut veut pas, mon langage corporel et mon comportement en général laissaient transparaitre mon agacement. D’un côté, je n’aimais pas me comporter de la sorte, car, j’en suis très conscient, ça rendait la pauvre Amandine mal à l’aise, mais, d’un autre côté, c’était plus fort que moi. Il n’y a rien de pire que de ne pas se sentir chez soi dans sa propre maison…
Jour 6 – Lundi 23 Novembre
La journée débute sans anicroches, quoique je vois qu’Amandine n’est pas dans son assiette. Je suis affairé devant mon ordinateur et, tout d’un coup, le téléphone sonne. Je réponds à une femme qui me demande si c’est moi qui ai téléphoné pour un appartement à louer. Je lui demande si le numéro qu’elle a composé est bien le mien et, après vérifications, il semble que ce soit le cas. Elle se dit qu’elle a dû se tromper et s’excuse de m’avoir dérangé. Pour moi, ça semblait évident, Amandine songeait à déménager, ce qui, pour être honnête, était pour moi le bout de la marde. Faut se mettre de mon côté un peu. Ça fait 6 jours que je dois partager mon appartement avec des inconnues qui, malgré elles, minent ma liberté, que je me fais mentir en pleine face par ma coloc et, faut toujours garder en mémoire, que je suis malade pour finalement, en guise de remerciement, apprendre que celle-ci se prépare à partir dans mon dos. J’étais en beau tabarnak!
Quelques minutes plus tard, Amandine sort de sa chambre pour aller à la salle de bain. J’en profite pour l’accrocher et lui demande, gentiment, si quelqu’un a fait un appel à partir de notre ligne téléphonique dans le courant de l’avant-midi. Elle me répond, encore en bafouillant, que les filles ont effectivement fait des appels dans la matinée. Je lui dis qu’une personne aurait téléphoné d’ici concernant un appartement à louer. Je lui demande si elle est au courant, ce à quoi elle répond oui. Je lui demande si c’est elle et, après une hésitation, elle me répond que c’est effectivement elle.
S’en suit une série de reproches à mon endroit, certains justifiés, d’autres non, du genre « Mais ça peut pas continuer comme ça. Les filles ne se sentent pas les bienvenues. On n’ose rien faire. Elles essayent de te faire la conversation sans succès. Ça aurait été cool de tous pouvoir manger ensemble, etc. » Ce à quoi j’ai répondu un truc du genre « Primo, les filles font comme si je n’existais pas. En fait, il n’y a que Marie qui m’adresse la parole en souriant de temps à autre, alors que Nathalie me regarde comme si je suis de la merde! Secundo, je suis bien d’accord qu’un repas ensemble aurait été une bonne chose, mais j’attends encore une invitation, car ce sont tes invitées! etc. ».
Comme Amandine n’est pas en désaccord avec certains de mes points, le ton a alors baissé des deux côtés et, du même coup, nous étions moins sur notre défensive. Cela dit, elle est revenue encore sur l’histoire de la porte arrachée en me disant que ce n’était rien de grave et qu’il ne fallait pas en faire un drame. Ce à quoi je lui ai répondu qu’un accident, ça arrive, mais que ce qui me choquait dans tout ça, c’est que la personne responsable n’a pas eu le cœur de m’informer de la chose alors que j’ai la bienveillance de l’héberger. Elle a ensuite mentionné l’incident de la vitre, en me disant qu’elles n’avaient rien à voir avec ça et qu’il était fort probable que ça faisait des semaines que la fenêtre en question était ouverte et que je les accusais à tord. Je lui ai alors fait remarquer que la fenêtre en question était fermée la veille (j’ai le réflexe de vérifier chaque fois qu’il fait très froid dans une pièce), mais, voyant que je perdais mon temps, je lui ai dit que l’incident de la fenêtre avait pas vraiment d’importance.
La conversation allait dans le même ton, autant de mon bord que du sien, jusqu’au moment où Amandine s’est mise à pleurer. C’est alors qu’elle me dit qu’elle est déchirée entre rester et partir, car elle vient d’apprendre que ces deux amies n’ont pas de place pour passer leur deuxième semaine, puisque l’entente qu’elles avaient avec leur deuxième hôte ne marchait plus. Si ses deux amies se retrouvaient à la rue, elle partirait avec elles, car elle ne pouvait pas leur faire ça. Elle m’a avoué que ça lui faisait de la peine tout ça, car, en pleurant de plus belle, elle m’aimait bien et m’a dit que je suis une bonne personne qui gagnait à être connue et que j’avais fait plusieurs choses pour elle, etc.
Sur ce, j’ai également fondu en larme. Je ne peux décrire en mots ce qui s’est produit à ce moment-là, mais le fait qu’elle me faisait part de son affection en pleurant a été comme un baume sur 42 ans de blessures, certaines petites, d’autres majeures. Tout d’un coup, je me sentais léger comme je me suis jamais senti. Plus rien n’avait d’importance à mes yeux, la porte arrachée, la vitre ouverte, les mensonges occasionnels, ma liberté brimée, etc. Tout ça ne me dérangeait plus! Vraiment! Je souhaite à tout le monde une expérience mystique de la sorte, et ça, je le devrai aux larmes d’Amandine!
C’est alors que j’ai regardé Amandine et lui ai dit que Nathalie et Marie pouvaient rester aussi longtemps qu’elles le désiraient. Que j’étais prêt à être le moins souvent présent à l’appartement pour qu’elles se sentent chez elles. Que je regrettais mon humeur des trois derniers jours. Ce qui est important de comprendre, c’est que j’étais sincère. Tout ça ne me dérangeait plus! Je me sentais comme une grosse boule d’amour, chose que je n’ai jamais éprouvée de ma vie! Faut pas oublier ma nature farouche…
Amandine n’étant pas à l’aise avec le fait que j’évite d’être à l’appartement pendant les dix prochains jours, c’est alors que j’ai eu une idée… Pourquoi ne pas demander à Marie et Nathalie si elles étaient prêtes à ce qu’on ait une discussion à quatre? Histoire de s’expliquer et de voir les avenues possibles. Après cela, Amandine pourrait décider si elle part (car, originalement, elle comptait partir le soir même ou le lendemain) ou si elle était pour rester. Trouvant qu’il s’agissait d’une bonne idée, elle était pour en parler aux filles et voir ce qu’elles en pensaient. Sur ce, j’ai remercié de tout cœur Amandine, en lui disant que je souhaitais vraiment qu’on se donne une deuxième chance, histoire de repartir à zéro…
Le soir venu, comme les filles avaient accepté mon offre, ça a été le moment de notre discussion. Pour être honnête, j’étais très nerveux, voire terrifié! En fait, ça m’a pris une bonne dizaine de minutes avant que je me décide à aborder le sujet. Dans un premier temps, je me suis excusé pour mon attitude des derniers jours. Je leur ai expliqué un peu comment je suis à l’intérieur, mon côté farouche, ma peur inconsciente des gens, mon côté très introverti, pour finalement, tout prendre sur mes épaules. Honnêtement, je ne considère pas que tout me revenait, mais j’étais prêt à le faire pour que le reste du séjour de nos deux amies se déroule bien.
Nathalie s’est également excusée de son côté. Elle a avoué qu’elle est consciente qu’elle peut paraître froide au premier abord. À la suite de nos explications respectives, je leur ai fait comprendre qu’elles pouvaient rester aussi longtemps qu’elles le désiraient, et je leur ai même remis à chacune une clé de l’appartement, histoire qu’elles ne soient pas à la merci d’Amandine pour leurs allées et venues.
Satisfait de la tournure des évènements. Au moment de m’endormir. J’ai prié Dieu de tout cœur qu’Amandine reste à mes côtés, car je me trouvais privilégié d’avoir une telle personne comme coloc!
Pour la partie 3, cliquez ici…